Les chroniques Kalakuta

Cette page présente des sélections d'albums ŕ écouter, ceux qui repassent facilement dans la platine tant ils sont peu ennuyeux. Avec d'autres bien sûr on s'abandonne, mais leur chanson est monotone, et peu à peu on s'indiffère.

NORTEC COLLECTIVE - Tijuana session vol.3 image

Fussible, Bostich, Hyperboreal, Clorofila, Panoptica : les cinq membres du collectif Nortec (contraction de Nortena et de Techno) continuent dans ce 3ème volume de croiser musiques électro et musiques du nord du Mexique : nortena et corridas, autant de styles peu connus ici mais qui sont la bande-son d'une région marquée par le narcotrafic, l'émigration clandestine et les maquiladoras (ces usines géantes défiscalisées d'où viennent nombre de produits manufacturés américains). Nortec est un collectif ultra-représentatif de la ville de Tijuana, le bordel des USA, où prostitution, alcool, drogue, fête, armes et perdition ont inspiré tant de musiciens et écrivains célèbres (Mingus, Kerouac, Bukowski...). De quoi générer un mélange détonnant, résolument tourné vers les dancefloors de la sono mondiale. Pour ces 3èmes sessions, Nortec s'est entouré de musiciens du cru, donnant à cet album une coloration beaucoup plus organique, plus ancré dans son territoire et plus universel car teinté d'humanité et d'amour pour cette ville pécheresse. Il y a fort à parier que ce 3ème opus tourne plus d'une fois dans les playlists des Djs de ce côté-ci de l'Atlantique.

VELHA GUARDA DE PORTELLA : Tudo Azul - BMG - 2000

Il est des trésors qui restent cachés à nos oreilles à tout jamais. C'est ce qui aurait pu arriver à ces dix-huit morceaux si Marisa Monte ne les avait remis en lumière pour notre plus grand bonheur. Les velhas guardas ( littéralement l'ancienne garde ) sont les mémoires et les gardiennes de la tradition de chaque école de Samba de Rio de Janeiro. La très prestigieuse école de samba Portela voit le jour en 1935, et c'est de cette époque de pionniers que datent la plupart de ces superbes chansons. Avec une moyenne d'âge tournant autour de soixante dix ans, la velha guarda da Portela ne sent pas pour autant la naphtaline, bien au contraire. Ce serait même plutôt un fontaine de jouvence qui nous envahit à l'écoute de cette poésie légère et de ces mélodies qui ne vous sortent plus de la tête. Les voix de Monarco, Casquinha ou Argemiro, anoblies par l'âge, sont soutenues par le groove syncopé du pandeiro de David et sont mises en valeur par les arrangements subtils de la guitare sept corde de Paulão, du cavaquinho de Jair et surtout par les coeurs, toujours sur le fil fragile de la justesse. Il y a à danser et à pleurer sur ce disque comme dans toute bonne samba qui se respecte. Lire toute la chronique...

Tudo Azul
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SEU JORGE : CRU - Fla flu prod - 2004


L'excellent et polyvalent Monsieur Jorge, qu'on a vu dans le film de Mereilles « Cidade de Deus », nous revient avec un deuxième album. Déjà son premier album, « Samba esporte fino », était un superbe syncrétisme des influences diverses de ce jeune musicien, acteur, danseur, élevé dans les rues de Rio. Dans Cru, on retrouve immédiatement les instruments caractéristiques du Samba, musique qui a bercé le Jeune Seu Jorge, parfois mis au service des ambiances funky de certains morceaux appelés à devenir des tubes comme « Tive razão » ou « Mania de peitão ». Mais cet artiste tellement actuel ne peut éviter les dédicaces non dissimulées à ses chers maîtres que sont Adoniran Barbosa (repris dans Mania de peitão) ou l'inventeur du Sambandido (samba des bandits) Bezerra da Silva, disparu en Novembre 2004 soit deux mois après la sortie de cet album. Lire toute la chronique...

TARAF DES HAIDOUKS : Honorable Brigands, Magic Horses and Evil Eye

Le blues est international. Il va bien au-delà des rives du Mississippi et des bouges chicagoans... Il paraîtrait même que les fanfares tziganes ont largement influencé les marching bands néo-orléanais. Ce sont surtout des tziganes qui le disent... Toujours est-il que ce disque du Taraf de Haïdouks est un vrai disque de blues. Il suffit d'écouter le titre « Azi Eram Frumoasa, Juna », son violon déglingué, son chant plein d'espoir désespéré, si proche de la Terre, pour comprendre ça. Ce disque est un joyeux bordel, les instruments ne sont pas forcément très bien accordés, le tempo est parfois vacillant, mais qu'importe : chez les tziganes de Clejani, la musique se joue avec les tripes, sur une place de village au milieu des cris de joie et des pleurs, ou mariages et enterrements finissent toujours par se ressembler - tiens, encore une similitude avec la Nouvelle Orléans ! « Bandits d'honneur, chevaux magiques et mauvais oeil », c'est quand même le plus beau titre d'album que je connaisse, ça donne envie d'acheter une Lada, une caisse de vodka et de foncer à 20 km/h sur les routes défoncées de Roumanie...

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UPSETTERS : Blackboard Jungle Dub


Sans doute le meilleur album dub de tous les temps. Tout est là : des riddims qui tuent, des lignes de basse ultra lourdes, des riffs de cuivres fumants, des reverbs abyssales, et en prime les cris de dément de Lee ‘Sratch’ Perry.
Au-delà du style, un album révolutionnaire, en avance d’un bon million d’année pour son époque, un chef d’œuvre !

FELA ANIKULAPO KUTI : Kalakuta Show



Pour son titre éponyme, Kalakuta Show : 15 minutes de colère, de tristesse, de sueur, de fureur, de ‘black pride’. Et derrière une histoire, un homme, un continent. On pourrait conter l’histoire du peuple africain en extrapolant à partir de ce morceau-là.

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MERCAN DEDE : Seyahatname

Un drôle de mélange, celui des circonvolutions soufies avec les nappes et les rythmes des machines électroniques. Loin des clichés du genre, Mercan Dede est un turc installé à Montréal qui opère une fusion entre musiques traditionnelles turques et musiques électroniques. Un disque contemplatif qui peut vous amener loin, très loin, quelque part entre l’Orient et l’Occident, peut-être au détour d’une ruelle d’Istambul entre le parfum d’un narguilé, le chant du muezzin et les martèlements hypnotiques d’une lointaine fête techno. Signé sur le label Doublemoon, hautement recommandable (voir le documentaire « Crossing the Bridge »)…


MILES DAVIS : Kind of blue


Miles Davis et John Coltrane ont gravé entre 1955 et 1961 quelques-unes des plus belles plages de l'histoire du jazz, parmi lesquelles l'emblématique "Kind of Blue". Cette musique vient du paradis, c'est une mélancolie vénéneuse, opiomane.
Miles : "Dans le be-bop, la musique contenait beaucoup de notes : Diz et Bird enfilaient notes et accords de passage très rapides. Leur concept musical, c'était "plus", pas "moins". Moi, je voulais élaguer les notes. La musique de ce nouveau groupe, je la voulais plus libre, plus modale, plus africaine ou orientale. L'alto de Cannonball, enraciné dans le blues, s'opposant à la manière tout en harmonie de Trane, à son approche plus libre, créerait un nouveau type de feeling, de son, je le sentais. J'avais dans l'oreille la voix de ma trompette flottant par-dessus ce mélange." Kind of blue est un objet culturel, le disque de jazz qu'il faut avoir chez soi, mon candidat idéal pour l'île déserte. Quand on sait qu'il a fallu deux jours à ce quintet pour enregistrer cet album, ça laisse pantois.

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Olé Coltrane

1961, Coltrane enregistre son dernier disque sur le label Atlantic. Outre Mc Coy Tyner et Elvin Jones, Freddie Hubbard est à la trompette et George Lane, qui est crédité à la flûte, est en fait Eric Dolphy venu jouer sous un faux nom. Quant aux contrebassistes, ils sont deux (!), Art Davis et Reggie Workman, parce que Coltrane souhaitait entendre derrière lui plus de variété rythmique. L'exploration de ce jazz modal aux couleurs orientales tourne à la sublimation : le titre Olé nous offre 18 minutes de pur bonheur qu'il est interdit de manquer (les deux autres titres de l'album ne sont pas en reste). Coltrane franchit un nouveau pas dans sa quête de liberté et d'absolu dans la musique : le bee bop de son maître Charlie Parker est complètement digéré, le jazz peut progresser vers d'autres horizons, il se déstructure de plus en plus. Les ouvertures se font notamment avec des schémas harmoniques et rythmiques répétitifs qui nous emmènent dans une forme de transe à travers laquelle on peut clairement apercevoir les musiques traditionnelles africaines, européennes ou orientales, que Coltrane dévore à cette époque.