Brève histoire du mouvement rasta
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Chronique sur les origines du mouvement rasta, où comment une
poignée de Jamaïcains illétrés, à peine
sortis de l'esclavage, a-t-elle eu dans les années 20 la révélation
de la divinité d'Haïlé Sélassié, et fondé
le mouvement mystique le plus populaire du 20ème siècle. |
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Marcus GarveyAvant tout, on ne peut comprendre le mouvement rasta sans connaître un
peu l'histoire et les idées de Marcus Garvey. Marcus Garvey est né
10 ans avant Howell. Marcus Garvey est lui moins un mystique qu'un militant politique
et un journaliste, et il fonde à son retour de New-York vers 1916 en Jamaïque
le très célèbre Universal Negro Improvement Association (UNIA)
qui deviendra le mouvement noir le plus populaire de tous les temps, réunissant
4 millions de membres, fondant une compagnie de navigation et des entreprises
commerciales ouvrant la voie pour le black power et les indépendances africaines. |
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Mais tandis que Trotsky considère comme essentielle l'unification de tous les hommes
opprimés, et ce sans les diviser par la couleur de leur peau, la vision de Garvey
passe par la race d'abord, une doctrine « nationaliste noire »
radicale qui l'oppose aux mouvements intégrationistes de gauche. Ne croyant pas
que les Afro-américains pourraient vivre libres et respectés hors d'Afrique,
il veut unifier les Noirs internationalement, et réclame le droit au
"rapatriement" en Afrique (au Libéria le plus souvent) des
Afro-américains de tous pays. |
L'EthiopismePour comprendre l'Ethiopisme, il faut savoir que le nom Ethiopie désigne
dans la bible l'Afrique tout entière, tandis que le royaume Ehtiopien proprement
dit s'appelle Abyssinie. Dés que les esclaves ont eu accès au Livre,
ils n'ont pas manqué de repérer la mention du continent de leurs
pères, en particulier la promesse de rédemption évoquée
au psaume 38 : « L'Ethiopie tendra ses mains vers Dieu. »
On la retrouve dans les discours de Garvey et de ses successeurs, dans les sermons
et les fascicules religieux de l'époque, et on retrouvera bien entendu cela
dans les prêches du rastafarisme. |
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Leonard HowellNotre Howell avait mis la main sur une photo de Haïlé Sélassié,
le roi des rois, il en a fait tout au long de sa vie de très nombreux retirages
pour en distribuer à ses adeptes. Elle deviendra son emblème. A sa mort
il en avait encore une liasse dans la petite valise en carton qu'il laissa en héritage. |
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Le procès de HowellL'essentiel de l'accusation repose sur 2 points : il a traité la reine
Victoria de Harlot Queen (« reine catin ») et a affirmé
à des sujets britanniques qu'ils étaient « éthiopiens ».
Cela, l'accusé ne le niera pas vraiment. Sa longue défense en forme de
sermon est l'acte de naissance de la doctrine rasta. Profitant de ce qu'il a une salle
d'audience et des journalistes pour l'écouter, Howell prend son temps. Pendant
toute une journée, sous prétexte de reconstituer le discours pour lequel
il est inculpé, il développe sa doctrine, intensément mystique,
mélangeant religion chrétienne, revendications pour l'amélrioration
de la condition noire, retour à l'Afrique originelle et présentation du
messie noir Haïlé Sélassié, nouvel empereur d'Ethiopie. Les Nya-binghisC'est aussi en 1935 que se créé un mouvement dissident du mouvement rasta,
les Nya-binghis. A l'origine, les Nya-binghis sont une société secrète
féminine basée au Ruanda, qui seconde la lutte anti-coloniale. En 1935,
un article rasciste anti-éthiopien est publié dans un journal de Vienne,
puis repris, et c'est ainsi que le mouvement Nya-binghis aurait trouvé un public
noir conquis aux idéaux racistes fois anti-blanc. Hélène Lee nous
explique ici que c'est un mouvement raciste donc, mais dissident au mouvement rasta,
qui, selon elle, n'est pas raciste. Garvey et Howell prêcherait l'amour et non
la haine, rendent fiers les noirs, réhabilite leur image, sans esprit de vengeance
envers les oppresseurs blancs. La ganjaPlus loin toujours dans ce livre d'Hélène Lee, le premier rasta, on
apprend que la culture indienne est la plus obscure des influences rasta, car
l'afro-centrisme de certains l'ont occulté. Il y a à l'époque
une grosse communauté indienne en Jamaïque. Howell emprunte aux indiens
sa conception d'un dieu roi, l'herbe sacrée, la marijuana, la méditation,
certains plats, peut-être même le Jaï dont les indous saluent leur
maîtres divins et qui pourrait avoir donné le Jah des rastas (même
si par la suite, une explication biblique a été trouvée dans une
abréviation de Jéhova). |
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La musiqueLa musique est essentielle dans la propagation du message rasta. Quelle serait la
popularité du mouvement rasta sans le reggae ?
Au début du mouvement, la musique rasta est faite principalement de Kumina
et de Burru, des rythmes africains. Un homme est au centre de la mutation essentielle
qui va s'opérer dans la musique rasta, en mélangeant ces rythmes
africains apportés par les esclaves, avec du jazz et du rock pop : cet
homme c'est Count Ossie et sa formation, les frères de la Mystic Revelation
of Rastafari. C'est dans les collines de Wareika que tout a commencé à
la fin des années 40. |
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Mais c'est en 1961 que va se populariser la musique rasta en Jamaïque avec
l'enregistrement de Count Ossie et ses jazzmens. Il fallait trouver un nom à
cette nouvelle musique, ce sera le ska. Le mot imite la plus rapide des rythmiques
burru : t-ska t-ska t-ska... qui, un peu ralentie, donnera au reggae son accompagnement.
Count Ossie sort bientôt son 1er tube avec les Folkes Brothers, O Carolina.
Les musiciens rastas sont entrés dans l'histoire, et ils vont donner une voix au mouvement.
Reggae super star
Puis la révolution Bob Marley que Chris Blackwell, le fondateur du label Island,
va rendre célèbre au début des années 70, en pleine période
hippie. Le baba cool va devenir le rasta cool. |
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« Il a laissé passer sa chance, dit Henzell. L'ouverture que le
film offrait aux rasta, c'est Bob qui en a profité. »
Bongo Sheffan, un elder rasta, avance un autre explication du choix de Marley
comme première star du tiers monde : c'est parce qu'il est métis. |
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